Je suis un enfant qui…

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Je suis né au milieu de nulle part !

Je connais le sable, le vent et le soleil ; et je sais compter les pierres et les grains de sable.

On dit que le monde est bleu et vert ; moi je le connais jaune.

On dit que loin, très loin les enfants sont libres comme les oiseaux ; moi je n’ai jamais vu d’oiseaux.

On dit que les enfants jouent à des jeux amusants ; moi je joue à compter les cailloux et les grains de sable.

On dit qu’on peut voyager et voir le monde en cliquant sur des touches ; moi je sais voir voyager le sable en fermant fort les yeux.

On dit que le monde est fait de papillons, d’abeilles et de fleurs multicolores ; moi le mien est fait de scarabées, de serpents et de scorpions de toutes les couleurs.

On dit que les enfants ont le droit d’apprendre à lire des histoires et de compter les jours pour un avenir meilleur ; moi je sais lire la douleur sur le visage des femmes en peines et je sais aussi compter les pierres et les grains de sable.

On dit qu’il y a des rivières, des forêts, des jardins avec plein de parfums qui viennent chatouiller les narines ; moi je ne connais que les encenses qui brûlent et se mélangent aux odeurs des cuissons qui viennent irriter mes sens.

On dit que le monde avance au rythme des saisons ; moi je ne connais pas les saisons, mais je vis au rythme du vent qui vient déranger mon jeu à compter les cailloux et les grains de sable.

On dit que les enfants chantent et dansent sur la musique des artistes, moi je compte les cailloux et les grains de sables sur la musique des cris et des pleurs des femmes en rage.

On dit que les enfants dans le monde dessinent leurs rêves sur le sable des plages ; moi je ne dessine rien ; je n’ai jamais vu de plage, mais je sais compter les cailloux et les grains de sable.

On dit que la vie est faite de décisions, de choix et d’horizons, moi ma vie est faite de restrictions, de privations et de frontières sauf pour compter les cailloux et les grains de sables.

On dit que les enfants fêtent leurs anniversaires, reçoivent des cadeaux, mangent des friandises et grandissent en rêvant de devenir cet adulte qu’ils ont tant imaginé et attendu ; moi je grandis et je vois devant moi cet homme qui sait compter les cailloux et les grains de sable.

On dit que les jours sont comme les pages d’un livre et que chacune renferme une histoire captivante, moi mon livre est fait d’une seule et unique page qui raconte l’histoire rebutante d’un enfant perdu au milieu de nulle part et qui sait merveilleusement comment bien compter les cailloux et les grains de sable.

On dit bien de belles choses sur les enfants de ce monde, mais on ne dit rien de moi, cet enfant, perdu au milieu de nulle part et qui connait bien le sable, le vent et le soleil, mais qui ne sait rien d’autre que compter les cailloux et les grains de sable !

B.Halim

Pour tous ces enfants condamnés à mener une vie infernale et absurde dans les Camps de Tindouf dans le désert algérien. Agissons pour leur permettre de croire en un avenir meilleur plein de belles couleurs et de bonnes odeurs comme tous les enfants libres de ce monde.

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